“Je reste persuadé que l’avenir de votre profession réside  dans une authentique palette de compétences diversifiées à offrir. L’agent de sécurité de demain, je le vois en effet comme un agent « transformé »”

 

 

Monsieur le Maire, Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Ce n’est pas devant un public par définition aussi avisé de la réalité des questions de sécurité, que je développerai l’ampleur et la nature des menaces dont la France, comme ses voisins européens, font l’objet : vous êtes, tous et toutes ici, très au fait de l’environnement dans lequel il nous faut assurer la sécurité des populations. Je sais que cela constituera grandement la « toile de fond » de vos débats de ces deux journées.

Je verserai d’autant moins dans ce type de propos liminaire que la ville de Nice, qui nous accueille, est désormais à l’échelle de tout le pays « symbole de résilience ». La date du 14 juillet 2016 est à jamais une meurtrissure qui nous oblige, professionnels comme simples citoyens, plus que jamais à une vigilance maximale, et au-delà à des changements majeurs dans nos pratiques.

Permettez-moi toutefois d’apporter une note toute personnelle : je vis, nous vivons, sous des avalanches de considérations économiques et statistiques (relatives par exemple pour votre secteur à des parts de marché ou à des croissances de chiffre d’affaires..). Or, j’ai la certitude que cette approche n’est pas la plus pertinente car votre premier souci au quotidien est la sécurité des agents dont vous avez la responsabilité.

Ceux-ci, par la nature même de leurs missions, sont exposés à tous les aléas propres aux métiers à risque, et ce d’autant plus que nos sociétés sont de plus en plus exposées aux incivilités, voire même aux agressivités quotidiennes. Il est temps que nos concitoyens prennent en considération le fait que le métier d’agent de sécurité privée n’est pas un métier comme les autres.

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Je tiens dans un premier temps à remercier votre président, Jean-Pierre TRIPET, pour sa contribution très importante à nos derniers travaux, à commencer par la sécurisation de l’EURO 2016  de football l’été dernier.

Je lui ai d’ailleurs remis récemment un document, dit de « retour d’expériences », dans lequel l’apport de votre organisation est souligné. Le défi était loin d’être simple et, comme il fut pleinement réussi, nombreux sont ceux qui ont voulu, je dirais, apparaitre sur « la photo finale » en tant que « protagoniste essentiel de l’évènement ».

Or, vous n’avez pas oublié que quelques-uns ont, à certaines occasions, « noirci le tableau » sur les besoins propres à cet événement tandis que quelques autres ont pu à l’inverse quelquefois pêcher par optimisme : je peux attester que l’apport de votre Président fut lui essentiel à chaque phase préparatoire, venant nous aider par un discours des plus réalistes car porteur, toujours sans se payer de mot, d’un message concret construit de la sorte : «la réalité de notre secteur est celle-ci .. et sa véritable capacité d’action est celle-là » : croyez bien que c’est tout à fait un discours de ce type qu’attendent en pareil cas les autorités.

Je veux aussi le remercier pour sa contribution aux dernières Assises de la sécurité privée en décembre dernier à Paris, Assises qui nous ont permis de lancer de nouvelles pistes d’amélioration des coopérations.

Je lui sais gré en outre d’avoir accepté de relever avec nous le pari de la formation, tant initiale que continue, qui restera comme le grand chantier de l’année 2017. Je n’ignore pas le fait que ce dispositif nouveau (dans le cadre du « maintien et de actualisation des compétences » dit « Mac ») , exigeant un volume horaire de 31 heures étalé sur cinq ans pour chacun de vos agents, a semblé de prime abord contraignant à certains de vos adhérents.

Néanmoins votre organisation est apparue soucieuse autant que moi de relever le pari de la qualité croissante des prestations de vos personnels. Cela doit passer nécessairement par des seuils toujours plus relevés de professionnalisme.

Ne croyez pas qu’il s’agit là d’une simple volonté d’affichage de notre part : nous percevons, et vos représentants partagent cette idée, la formation comme un véritable investissement, et non comme une variable d’ajustement (au sens du célèbre théorème formulé en son temps par Helmut Schmidt «  les investissements d’aujourd’hui sont les profits de demain et les emplois d’après-demain »).

Je reste persuadé que l’avenir de votre profession réside  dans une authentique palette de compétences diversifiées à offrir. L’agent de sécurité de demain, je le vois en effet comme un agent « transformé » : il pourrait être doté d’une qualification d’agent de palpation mais aussi de sécurité incendie (de niveau SSIAP 1 ou 2), ou en mesure s’il le souhaite de porter une arme sur certaines missions bien définies, en encore être hautement qualifié en secourisme, voire même « primo-intervenant » sur une attaque cyber dont il constaterait les prémices sur un site dont il aurait la garde.. Bref, c’est cette diversité de compétences qui permettra une « montée en gamme » de l’ensemble de votre secteur à laquelle nous aspirons tous.

Par ailleurs, avec la même volonté de progresser, la délégation réfléchit avec les services de police et de gendarmerie, à l’émergence progressive des sociétés de surveillance dans les missions de collecte d’informations. Différentes modalités seraient susceptibles d’être proposées au Ministre de l’Intérieur prochainement. Il importe dans tous les cas que les organisations professionnelles mobilisent des référents en capacité de dialoguer avec des représentants locaux des forces de sécurité de l’Etat.

Je souhaiterais aussi évoqué un phénomène qui vous préoccupe et qui est lié aux nouvelles technologies, phénomène dénommé « l’uberisation de la sécurité » : il s’agit de la mise en relation directe, par le biais d’une plateforme digitale, d’un donneur d’ordre et d’un agent immédiatement susceptible de répondre à ses attentes.

Attention de ne pas se méprendre en la matière : un marché se profile immanquablement en matière de « déploiement d’urgence d’agents de sécurité », puisque la technologie désormais le permet, mais il nous faudra ensemble lutter pour que ce nouveau vecteur ne constitue pas une étape de plus vers la « course aux moins disant » sur le plan tarifaire.

Je compte sous peu constituer un groupe de travail conduisant une réflexion sur cette question, ainsi que sur d’autres questions proches de ce thème. Je suis convaincu, là aussi, que vous répondrez à mon invitation.

Votre organisation a aussi été une des premières à s’associer à notre projet de « charte de bonnes pratiques ». J’ai tenu la semaine passée à relancer ce processus parce que j’ai la certitude, qu’au-delà des relations entre l’entreprise de sécurité et l’agent, se trouve « en surplomb », en « statue du Commandeur », le donneur d’ordre et qu’aucune avancée réelle ne pourra été conduite s’il est absent des débats.

J’ai notamment constaté sur ce plan que la réalité des affaires était souvent plus forte que l’affichage de principes trop théoriques. Dans le cadre de cette problématique, des efforts sont à conduire pour équilibrer les relations entre le donneur d’ordre et les sociétés prestataires.

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Ainsi, vous avez su apporter votre concours, toujours réaliste et lucide, à nombre de nos projets : permettez-moi pareillement de vous solliciter de nouveau sur les trois grands sujets, tout aussi importants que les précédents, et qui constitueront l’actualité de votre secteur dès la rentrée prochaine.

Bien sûr, en premier lieu, j’évoquerai la question de l’armement de vos agents, moins celle de l’armement des agents de protection rapprochée (tellement il était évident qu’il nous fallait sortir de la réglementation « ubuesque » dans laquelle ceux-ci exerçaient jusqu’à maintenant…) que celle relative à l’armement des agents de surveillance.

Cette question fait l’objet d’un projet de décret en Conseil d’Etat, qui a donné lieu à des consultations approfondies avec l’ensemble des organisations professionnelles et qui sera soumis prochainement à l’arbitrage du Ministre d’Etat. Je ne crois pas cette réforme anodine pour votre profession, même si elle n’a pas vocation à concerner beaucoup de donneurs d’ordre et donc de sociétés prestataires.

En effet, ne pourront bénéficier de cette dotation en armes de catégorie B (à savoir revolvers de calibre 38 ou armes de poing chambrées en 9 mm) que les agents déployés sur des sites faisant l’objet de menaces particulières et après autorisation préfectorale. Bien sûr, une telle option de protection s’accompagnera de toutes les garanties d’aptitude professionnelle et de moralité tant des dirigeants que des agents. Les conditions d’acquisition et de détention des armes seront par ailleurs nécessairement drastiques.

Je comprends votre prudence en la matière car, comme nous, vous mesurez le surcroît de responsabilités qu’un tel changement induira pour vous… Mais vous savez aussi que nous avons basculé dans un monde où des attaques à l’aveugle sur des foules par un simple couteau peuvent mettre à mal en quelques secondes tout un système démocratique, surtout quand ce type d’attaque est couplé à un « système de labélisation a postériori » d’une organisation terroriste.

Vous savez très bien que ce système d’attaque est d’autant plus redoutable qu’il sollicite de la sorte tous les extrémistes mais aussi le moindre déséquilibré ou individu en mal de reconnaissance médiatique. Je vous le dis : nos concitoyens ne comprendraient pas qu’un secteur aussi important que le vôtre ne puisse doter ses agents que d’un téléphone portable pour aviser une salle de commandement de ce qui est en train de se passer.

Ne perdez pas de vue cette réalité centrale, je vous la rappelle : jamais votre profession n’a été aussi bien perçue et attendue. Le récent sondage « Odoxa-fiducial » n’a pas dû vous échapper : 71% des Français pensent désormais (+20 points en un an !) que la gestion de la sécurité doit résulter d’une juste collaboration entre forces de l’ordre et sociétés privées de sécurité, tandis que 62% considèrent qu’un agent de sécurité armé rassure, 12% seulement craignant cette disposition. Nous ne pouvons pas, à mon sens, rester sourds à cette attente.

L’autre disposition que je tenais à évoquer devant vous est votre possible concours à la sécurisation de la voie publique. Comme vous le savez, Gérard COLLOMB, Ministre d’Etat, a présenté ce jour au Conseil des Ministres un projet de loi visant notamment à modifier notre droit commun afin d’être plus efficace en dehors de la période de l’état d’urgence. Sa première préoccupation, à la demande du Président de la République, est de protéger encore plus les Français contre toutes les menaces comme celles que fait peser le terrorisme. Dans ce texte, vous trouverez notamment l’instauration d’une notion nouvelle, celle de « périmètre de protection ».

Elle vous intéressera au plus haut point car elle vous permettra, surtout lors de grands rassemblements de foules, d’être associés pleinement à des événements majeurs et constituer de la sorte, en certaines occasions et sous l’autorité d’OPJ, un « troisième cercle » de sécurisation, police ou gendarmerie d’une part et les polices municipales d’autre part, exerçant leur rôle à part entière.

Entendons-nous bien : la sécurisation de la voie publique a été, est et restera une plein compétence d’Etat. Toutefois, certaines situations nécessitent aujourd’hui la participation de tous les acteurs de la sécurité : on ne peut négliger la possible action de prés de 130000 agents privés sur le terrain au bénéfice de nos concitoyens ! Il reste que la présence sur la voie publique de différents acteurs, aux compétences si diverses, doit désormais faire l’objet de coordinations renforcées sous l’autorité des préfets. Il faut à tout prix éviter une confusion, dans l’esprit des français, entre l’action des forces de sécurité de l’Etat, celle des Polices Municipale et celles des sociétés privées de sécurité.

Enfin, je ne peux pas ne pas évoquer comme dernier grand rendez-vous de l’année, le renouvellement du collège du CNAPS. Bien sûr, je n’ai pas à interférer dans la politique de votre instance de régulation, dont le travail remarquable a déjà permis de nombreuses avancées. Je pense toutefois qu’il ne faudrait pas manquer à cette occasion, au-delà du choix nécessaire des personnes, de conduire de grands débats relatifs aux orientations de votre profession.

En effet, celle-ci se trouve ainsi à un tournant de son existence, tournant dicté tout à la fois par les lois de l’économie, le levier puissant que constituent les nouvelles technologies et les attentes accrues de nos concitoyens.

Quant à la Délégation que je conduis, vous savez qu’elle est et restera plus que jamais à votre écoute, car sa mission première est de conduire le dialogue avec vous pour le compte du Ministre d’Etat.

Il revient en premier lieu à la Délégation d’être porteuse des impératifs de politique publique pour votre activité, sans jamais ignorer les problématiques économiques et la nécessité de pérenniser vos entreprises. Il lui revient aussi de vous apporter une vision globale et cohérente de l’ensemble des services du ministère en charge à différents degrés de votre environnement.

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Mesdames et messieurs, j’ai cru percevoir parmi vous, des attentes fortes à l’égard du nouveau Ministre de l’Intérieur. Je crois vos attentes stimulées par des perceptions très positives sur l’homme et ses réalisations en tant qu’élu de terrain, J’ai eu la chance moi-même de les apprécier lors de mon passage récent en son département comme Préfet délégué.

Je peux vous garantir que tout dans son action passée et ses engagements (et les entrepreneurs venant du Rhône, présents en cette salle, le savent particulièrement) atteste que sa méthode est empreinte de qualité d’écoute et de pragmatisme. Il est attentif à l’étude des faits et à l’établissement d’échéancier clair en vue d’obtenir des résultats précis : vous connaissant, je sais par avance que vous apprécierez de telles méthodes de travail. Ainsi, en matière de sécurité sur la métropole lyonnaise, il a pu de la sorte obtenir une authentique complémentarité entre acteurs de la sécurité, tout en conduisant en parallèle un travail de fond de rénovation dans les quartiers difficiles de la périphérie. Il n’a pas, soyez en certain, d’approche unique et figée des questions de sécurité. J’ai la certitude qu’il sera attentif à votre positionnement dans « la chaîne de sécurité ».

Je peux attester, cher Président, que c’est bien avant les échéances politiques que notre pays vient de vivre, que vous avez choisi de rejoindre un projet de création d’un « campus de la sécurité », porté par le Président JUILLET dont je tiens ici à saluer son rôle constant de « bâtisseur » pour votre secteur.

Ce campus pourrait se situer justement aux abords immédiats de Lyon. Je vois là votre grand sens de l’anticipation, mais aussi votre souci d’aller vite, et vous avez raison, dans un projet que nous avions déjà esquissé (sous l’intitulé « d’académie de la sécurité ») lors de nos assises en décembre dernier.

Voyez-vous, je ne crois pas que nous agissons par « petits pas » dans le domaine qui est le vôtre : d’abord parce que selon la formule du cardinal de Retz « il n’y a pas de petits pas dans les grandes affaires » et il se trouve que la sécurité est à juste titre actuellement LA grande affaire des français, mais surtout parce que je considère que, cette année-là comme dans les prochains mois, nous procéderons par « grands pas » et cela n’a pu, ne peut et ne pourra se faire qu’avec votre précieux concours.

Je vous remercie de votre attention.

Nice, le 22 juin 2017.