par Pascal PECH, Président du SNES

 

Le secteur de la sécurité privée, nos entreprises, nos salariés, sont à un tournant historique. Ce n’est pas le premier évidemment, après la loi du 12 juillet 1983, après la création du CNAPS, après les attentats terroristes que connait notre pays depuis 2015. Le tournant auquel nous faisons face, aujourd’hui, est celui de la maturité, de la nécessaire maturité à acquérir.

Bientôt, des agents de sécurité privée pourront être armés : la parution des derniers arrêtés portant sur la formation est imminente. Dès aujourd’hui, l’Etat nous demande de réfléchir, avec lui, à un continuum de sécurité, qui aille des forces publiques nationales à la sécurité privée, en passant par les polices municipales. Demain, encore, nous aurons de nouveaux métiers : pilote de drones de sécurité, agent cynophile de détection d’explosifs… De nouvelles formations seront nécessaires, sans compter la révision à conduire de l’architecture de formation actuelle.

Face à ces défis, nous pourrions, de suite, aligner des projets, des outils, de nouveaux organismes. Ils viendront, en leur temps et nous y travaillons.

“Les vrais dossiers de fond”

L’été 2018 du SNES, loin de la fébrile agitation « sécuritaire » qu’il a connue, a été propice à un travail de fond. Un travail engagé dans une perspective allant largement au-delà des raccourcis médiatiques déplacés, des approximations et pires encore « bloguesques”, des amalgames totalement déconnectés des réalités vraies, des promesses qui n’engagent que ceux qui s’y laissent prendre…

Tant il est vrai que ce dont nous avons le plus besoin, c’est d’une vision, d’une perspective, pour nos entreprises, pour nos salariés, mais également pour l’Etat, pour nos clients, pour nos concitoyens.

continuum de sécuritéCette volonté de reprise en main du secteur par ses acteurs, le SNES la porte depuis plusieurs mois . Cette vision se veut cohérente et réaliste, séquencée et durable, publique et transparente (disponible sur notre site : http://securite.e-snes.org/15-propositions-snes-pour-continuum-de-securite/ )

Nous avons fait un constat, sereinement : pour inscrire la sécurité privée dans un continuum de sécurité, le secteur de la sécurité privée doit être préalablement solide économiquement et socialement. Voilà pourquoi nos 15 propositions, notamment transmises à la mission parlementaire sur le Continuum dont on attend le rapport pour la rentrée sont déclinées en trois axes majeurs :

– la recherche d’un cadre économique rénové, avec de nouveaux outils de régulation et d’assainissement économique (caution financière, limitation de la sous-traitance, lutte renforcée contre le travail illégal, observatoire des prix…). Le CNAPS a bien œuvré pour la régulation administrative, mais force est de constater que le secteur ne se porte toujours pas bien économiquement.

– le développement des compétences de nos salariés, dans un dialogue social apaisé et constructif, où les oppositions peuvent être utiles et comprises, sans bloquer la construction du futur. Nous sommes tous, ici, responsables de ce dialogue social, organisations syndicales comme patronales. Nous souhaitons ainsi revoir l’architecture de nos métiers, des formations nécessaires, et ainsi, en conséquence, revaloriser justement et durablement nos salariés.

– A ce stade, nous pourrons nous inscrire dans un continuum opérationnel, toujours de proximité et souvent d’abord expérimental, pilote avant généralisation des bonnes pratiques définies ensemble. Il nous faudra revoir le périmètre réglementé, et sans doute l’élargir un peu (à la sécurité incendie, à l’installation et maintenance d’alarmes, à la détection d’explosifs, etc.). Nous devrons également envisager un dispositif de reconnaissance des compétences et qualifications de nos entreprises lié à la révision de l’architecture de formation. La qualité, la notion de normalisation et certification est aussi un point qui va permettre de valoriser mieux.

Les technologies font intimement partie des outils de performance de la surveillance humaine

Ces trois axes seront complétés, dans les mois à venir, par un quatrième, portant sur l’intégration des technologies dans nos métiers dans le cadre d’une offre globale « hommes & technologies ». Nous sommes en cours de réalisation d’un diagnostic précis en la matière, afin de passer des discours aux actes et, surtout, d’aider nos entreprises à mieux faire face aux changements et innovations technologiques futurs.

Cette vision, nous la portons, et la partageons aussi souvent que nous le pouvons, avec les pouvoirs publics (DCS, CNAPS, ministère de l’Intérieur, ministère de l’Economie, etc.), avec les organisations syndicales de salariés dans le cadre des instances de la branche «Prévention et Sécurité» et, le cas échéant, avec nos partenaires patronaux.

A cet égard, nous ne pouvions que souscrire à l’initiative du collectif « Urgence Sécurité », puisque nous y retrouvions une grande partie de nos propositions. Ce collectif, dont certains sont membres de l’USP et/ou du SNES, vise à réunifier la représentation patronale de la sécurité privée, peut-être au-delà des seules organisations professionnelles précitées. Que cela soit donc dit : nous y sommes favorables et nous y consacrerons, sereinement, avec le temps nécessaire, sans à-coups ni marche forcée, notre énergie.

Ce sont là rapidement exposés les vrais dossiers qui comptent. C’est cela l’enjeu.

Il ne s’agit pas de poser ses conditions préalables, négocier tel ou tel poste, imposer un timing… Il s’agit de construire ensemble une solide maison patronale commune qui devienne le fer de lance d’une profession majeure défendant, c’est essentiel, les intérêts de ses entrepreneurs de toutes tailles. Ne laissons pas passer l’opportunité et consacrons y le temps nécessaire. Concentrons, ne diluons pas, ne barguignons pas !

 

Associer les «10» aux travaux sur la médiation économique inter-entreprises
et poursuivre sans relâche un dialogue social permanent, responsable

Et en même temps… nous continuerons également au SNES, comme nous l’avons fait tout l’été, à travailler, quel que soit le résultat, au profit de la branche «Prévention et Sécurité» : le dialogue social est permanent et nous avons des projets à faire valoir. Il en va de même avec la suite de la mission parlementaire sur le continuum de sécurité et avec les travaux de la Médiation inter-entreprises au sein de laquelle nous estimons parfaitement légitime que le « Collectif des 10 » représentatif, avec environ 40% des effectifs de l’humain, nous rejoigne.

Abordons de front, mais le plus possible uni, voire réunifié, l’ensemble de ces chantiers : c’est par cette reprise en main que nous aurons le plus de chance de les voir aboutir.

 

Août 2018,
Pascal Pech, Président du SNES