Logo La Lettre des AchatsLA LETTRE DES ACHATS – n°255 – DECEMBRE 2016

Par Jean Chabod-Serieis

L’état d’urgence et le passage au niveau le plus élevé de Vigipirate ont mis les entreprises de sécurité sur le devant de la scène. Et sous pression. Les donneurs d’ordres ont dans le même temps intensifié leurs besoins et serré la vis en matière de légalité des fournisseurs. Les acheteurs considèrent que ce tour de vis favorise la professionnalisation du secteur ; les fournisseurs pensent le contraire.

Depuis les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis, les agents de sécurité privés ont fleuri sous nos yeux aussi vite que les forces de l’ordre. La demande a augmenté chez les donneurs d’ordres, révélant ainsi la puissance du marché de la sécurité privée. Un marché conséquent qui réunit entre 5 000 et 6 000 entreprises employant entre 151 000 et 165 000 personnes, et générant un chiffre d’affaires annuel estimé entre 5 milliards d’euros et 5,7 milliards d’euros, selon les sources.
Sur les dix dernières années, la croissance du secteur serait en moyenne de 1,77 %, selon le SNES (Syndicat national des entreprises de sécurité) qui réunit quelque 220 entreprises. D’autres syndicats professionnels encadrent la profession, certains généralistes comme l’USP (Union des entreprises de sécurité privée, représentant 84 entreprises), d’autres plus spécialisés comme le SESA (Syndicat des entreprises de sûreté aéroportuaire, neuf entreprises).
« C’est un marché qui débute sa structuration, juge Céline Bellier, responsable des achats exploitation et supply chain au sein de la direction des achats indirects chez Galeries Lafayette (600 millions d’euros d’achats indirects). Il y a moins d’acteurs nationaux que dans la propreté, où l’on fait essentiellement appel à de grands prestataires. Mais la taille des entreprises y est plus variée. On observe un effet de concentration puisque récemment certains fournisseurs ont été rachetés par de plus
gros. Enfin, c’est un marché régional : certains prestataires présents dans une région ne le sont pas dans une autre. » Voilà pour les prestataires.

Travail illégal : la plaie du secteur

Dans le rôle de l’arbitre, le ministère de l’Intérieur a créé en 2011 le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) pour « moraliser et professionnaliser le secteur » dont les activités « étaient de fait peu contrôlées ». La première loi qui a réglementé la profession remonte à 1983 et elle a été plusieurs fois modifiée. Malgré tout, l’Etat constatait de graves manquements : infractions à la réglementation, travail dissimulé, emploi d’étrangers en situation irrégulière. Le marché de la sécurité n’était pas très sécurisant pour les donneurs d’ordres.
Et cinq ans plus tard, c’est encore une réalité pour de nombreux acheteurs, dont Denis Fousse, directeur adjoint pour la surveillance extérieure et les accès du Louvre. « Trop de sociétés sont encore en zone grise. Certaines proposent des prestations à 19 euros de l’heure ; cela met la puce à l’oreille car rien que pour payer les charges sociales, c’est insuffisant » Denis Fousse explique les très bas tarifs de plusieurs manières : « soit les entreprises ne déclarent pas une partie de leur personnel, et pratiquent donc le travail dissimulé ; soit une partie des diplômes et qualifications de leurs agents sont des faux – je vois encore des vigiles soi-disant diplômés qui ne savent pas lire ; soit la planification est bancale, c’est-à-dire que les vigiles travaillent 18 heures d’affilée, ou plusieurs maîtres-chiens se partagent le même chien. »
Le directeur adjoint regrette que les donneurs d’ordres manquent en France d’une vraie représentation pour faire entendre leur voix sur ces manquements. « Bien sûr y a le CDSE (Club des directeurs de sécurité des entreprises) qui représente les directeurs des entreprises du CAC40. Et il y a plusieurs autres associations, mais elles ne sont pas entendues et n’ont pas d’influence. »

La sous-traitance peu appréciée…

La lutte contre le travail dissimulé est un combat que mènent conjointement donneurs d’ordres et représentants du secteur de la sécurité. Le SNES a notamment participé à la création d’une norme « NF Service Prévention & Sécurité » en partenariat avec des représentants d’acheteurs et les pouvoirs publics, ainsi qu’à une certification Qualisécurité avec l’Afnor.
Pour les acheteurs eux-mêmes, le travail dissimulé reste le principal épouvantail, et le premier point de vigilance dans le cahier des charges. « La lutte contre le travail illégal passe par plusieurs exigences, précise Céline Bellier : nous demandons aux entreprises consultées les documents de déclarations sociales, les accréditations, cartes professionnelles et qualification des agents. Pour cela, nous travaillons sur la base d’emplois repères et de qualifications normées. » Autre point de vigilance :
« nous surveillons de près les conditions de sous-traitance, que nous limitons à certains profils pour être sûr de bien garder la maitrise de nos partenaires. Nous nous assurons que les prestataires délivrent les formations de sécurité adéquates à leur personnel. » ……… Lire le dossier complet de La Lettre des Achats

 

la lettre des achats 255DOSSIER
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