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Dans un véritable discours programme, Pascal Pech, pour sa première intervention présidentielle à l’occasion de la traditionnelle cérémonie des vœux 2018 SNES à la profession et à ses partenaires, a exprimé un très fort souhait «d’émancipation et de reprise en main de l’avenir du secteur de la sécurité privée par ses propres acteurs ». L’occasion de tracer les axes majeurs de la nouvelle stratégie d’actions du SNES, visant notamment à :

– permettre uniquement aux entreprises avec des pratiques saines et de réelles capacités d’entrer sur le marché de la sécurité, ou de s’y maintenir au travers notamment de l’instauration d’une garantie financière,
– responsabiliser les donneurs d’ordre et les clients,
– constituer un observatoire des prix, de revient comme de vente
– parvenir avec les partenaires sociaux de la branche, au travers d’un « Contrat d’étude prospectif », à créer les conditions pour mieux valoriser les prestations, et concrètement, être payé au juste prix pour pouvoir mieux reconnaître et mieux rémunérer nos personnels,
– instaurer une nouvelle logique en matière de formation faisant en sorte que ce sont nos besoins, ceux de nos entreprises et ceux de nos clients, qui doivent déterminer des métiers, qui ensuite détermineront des formations initiales et continues, et qui ensuite détermineront des compétences, des conditions de mise en œuvre et des salaires, et qui enfin détermineront des grandes catégories de cartes professionnelles. Pas l’inverse.
– accompagner l’Etat dans l’élaboration, pour demain, d’une doctrine d’emploi de la sécurité privée aux côtés des forces publiques, occasion de définir enfin un statut de protection de l’agent de sécurité.
– décliner le continuum de sécurité au travers de dispositifs concrets, opérationnels en insistant sur trois principes : pragmatisme, proximité et volontariat. Donc, expérimentons d’abord, et systématisons chaque fois qu’une bonne idée aura fait ses preuves !
– instaurer une coordination sans faille avec les pouvoirs publics, afin que les prochaines évolutions règlementaires s’inscrivent dans l’anticipation, la concertation, pour plus d’efficacité et de lisibilité opérationnelle. C’est aussi cela le Continuum tel que le conçoit le SNES.

 

 


Discours de M. Pascal PECH, Président du SNES à l’occasion des voeux 2018 du SNES à la Profession et à ses partenaires

“Ces vœux sont pour moi l’occasion de vous présenter, en quelques mots, les défis qui sont les nôtres, et les moyens que nous pouvons envisager pour y répondre. Beaucoup a déjà été dit sur le contexte sécuritaire et la place de la sécurité privée dans ce contexte. Je donnerais juste, ici, les enseignements que j’en tire : nos entreprises, nos salariés, la sécurité privée ne sont plus les mêmes depuis les attentats. La sécurité privée a franchi des étapes sans commune mesure depuis ces 30 dernières années.

L’utilité sociétale et opérationnelle de la sécurité privée est désormais reconnue : le regard de nos concitoyens a changé, le regard des médias a changé, notre propre regard sur nous-mêmes également.

La sécurité privée a montré son dynamisme et sa résilience depuis les attentats de janvier 2015 : le secteur a gagné 20 000 agents en moins de 3 ans, soit l’équivalent du nombre total de policiers municipaux. C’est autant de créations d’emplois, notamment non « délocalisables ».

La sécurité privée, enfin, a fait l’objet de réformes majeures ces dernières années : le contrôle de la formation, la formation continue obligatoire, la prise en compte du risque terroriste dans les formations, la possibilité, sous conditions, de l’armement pour les agents de sécurité.

 

Alors, depuis 1983, on a souvent parlé de défiance, puis de méfiance… Je retiens aujourd’hui la confiance qui nous est faite, au travers la sollicitation des pouvoirs publics sur le thème du Continuum, et l’exemple plus concret de la possibilité d’armer nos agents.

Mais tout comme la sécurité privée d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier, la sécurité privée de demain ne sera pas celle d’aujourd’hui.

Car des grands chantiers sont devant nous. J’évoque dans cette enceinte prestigieuse les JO 2024 : l’enjeu n’est pas « combien d’agents pourrons-nous fournir ? », mais quelle expertise la sécurité privée amènera-t-elle à cet événement planétaire, en termes de protection des personnes, d’apport technique, de coordination, voire d’une contribution nouvelle à l’ordre public ?

Quel sera le paysage de la sécurité privée de demain ? Quels sont, surtout, les facteurs qui vont la bouleverser ?

  • D’abord, les effectifs privés dépasseront les effectifs publics dans la prochaine décennie, et avec eux un transfert d’un certain nombre de missions vers la sécurité privée.
  • Ensuite, les technologies, qui vont venir compléter ce dispositif humain d’une capacité de perception accrue, d’une véritable aide à la décision, tout en donnant une nouvelle dimension de mobilité.
  • Un facteur générationnel va jouer, avec l’arrivée de collaborateurs qui connaitront les technologies avant leur employeur, qui sélectionneront même leur employeur sur sa capacité à les faire évoluer et à valoriser leur formation.

Voilà pour le constat.

Face à ces défis, nous avons donc besoin d’une vision, à court terme, à moyen terme et à long terme. Nous avons besoin d’une coordination sans faille avec les pouvoirs publics, afin que les prochaines évolutions règlementaires s’inscrivent dans l’anticipation, la concertation, pour plus d’efficacité et de lisibilité opérationnelle. C’est aussi cela le Continuum.

C’est dans cette démarche que le SNES s’inscrit résolument et ardemment, aux côtés de tous ceux qui voudront y contribuer : dans une démarche de dialogue, de convergence, en portant toute la diversité de nos entreprises. Le SNES s’engage en 2018 dans une véritable évolution, de sa structure, de sa gouvernance, que je souhaite plus collaborative, plus pragmatique et globale, restant ouverte vers toutes les autres organisations professionnelles et plus largement tous les acteurs de notre filière.
Nous souhaitons placer au cœur de nos préoccupations une volonté infaillible de porter les sujets économiques, sociaux, institutionnels et technologiques. Donc ne perdons plus de temps en conjectures de fusions, de fédéralisme, mais portons chaque fois que possible une parole unie. C’est la qualité, l’intensité, mais aussi la loyauté en toute transparence du travail commun qui comptent. La convergence nécessaire, sinon indispensable, en sera la résultante naturelle, et non le prérequis.
Après avoir évoqué la confiance, j’évoquerais la maturité : montrons que nous pouvons, ensemble, prendre en main notre avenir, élaborer une vision, certainement plurielle mais commune, dans un agenda nécessairement ambitieux. C’est cet agenda que je souhaite, ici, vous donner.

 

1 – A court terme, nous avons un agenda partagé avec l’Etat.

• En 2018, nous allons devoir appliquer les textes sur la formation continue, sur l’armement, sur les périmètres de protection. Cela ne pourra pas se faire sans pragmatisme, sans une nécessaire prise en compte de la réalité opérationnelle du terrain pour cette mise en œuvre et des difficultés d’appréciation que nous pourrions faire remonter.

• Ici, je n’oublie pas nos salariés, nos partenaires sociaux que je remercie d’être parmi nous ce soir. Nous connaissons nos positions, parfois nos oppositions sur tels ou tels sujets, mais nous souhaitons sortir de ces postures en proposant plus globalement un Contrat d’étude prospectives, afin de définir ensemble le futur de nos métiers et de leur environnement social. Nous devons saisir l’opportunité donnée à la branche de se prendre en main.

• En 2018 toujours, il est annoncé une loi sur la sécurité quotidienne. Sachons maintenant accompagner l’Etat dans l’élaboration, pour demain, d’une doctrine d’emploi de la sécurité privée aux côtés des forces publiques, occasion de définir enfin un statut de protection de l’agent de sécurité.

Ce concept de continuum de sécurité va devoir être traduit par des dispositifs concrets, opérationnels. Nous les appelons de nos vœux, et en avons fait part au Délégué aux coopérations de sécurité, en insistant sur trois principes : pragmatisme, proximité et volontariat. Donc, expérimentons d’abord, et systématisons chaque fois qu’une bonne idée aura fait ses preuves !

Dans cet agenda, surtout, ne perdons pas de vue que nous sommes avant tout des acteurs et entrepreneurs économiques !

 

2 – L’économie, justement : c’est là l’agenda, le défi à moyen terme.

Le changement n’est pas aisé, ne se fera pas sentir dans les prochains mois – c’est pourquoi je parle de moyen terme –, mais lançons dès maintenant les pistes. Ici, la réflexion passe par l’argent, n’ayons pas peur des mots : les acheteurs, eux, n’en ont pas peur eux ! Nous avons alors un paradoxe à résoudre de ce point de vue : tout se passe dans ce secteur comme si désormais nos concitoyens, les médias et les pouvoirs publics, je l’ai dit, reconnaissaient notre valeur, tous, sauf ceux qui achètent, qui payent nos prestations. 2018 va voir mourir le CICE, et si c’est bien 6 % de baisse de charges qui doivent lui succéder, c’est aussi 7 % de marge qui sont morts ces deux ou trois dernières années…

Pour éviter la paupérisation de nos entreprises, et leur incapacité d’évoluer, de faire évoluer les femmes et hommes qui les composent, le SNES mise sur trois leviers d’actions :

L’offre elle-même doit franchir une étape en matière de structuration : de là notre volonté d’instaurer une garantie financière. Nous soutenons également le CNAPS dans son souhait de voir publier les sanctions qu’il délivre et plus largement son souhait de moraliser « financièrement » le marché avec ses moyens. Nous devons absolument ne permettre qu’aux entreprises avec des pratiques saines et avec de réelles capacités d’entrer sur le marché de la sécurité, ou de s’y maintenir.

La demande : responsabiliser les donneurs d’ordre et les clients. On a la prestation qu’on mérite. Un prix bas fera une prestation basse. Un mauvais acheteur aura une prestation de mauvaise qualité. Sans même parler de responsabilité pénale, inversons cette spirale. Bref, nous sommes arrivés à l’idée qu’une responsabilisation des donneurs d’ordre passait par des outils pédagogiques, informatifs, par un observatoire des prix, de revient comme de vente ; mais aussi, parce que la charte des bonnes pratiques d’achat de 2013 a montré ses limites, par des sanctions spécifiques. Nous assumerons notre responsabilité en dénonçant systématiquement toutes les parties prenantes des pratiques déloyales. Je veux dire ici, à nouveau, à nos partenaires sociaux que nous sommes dans le même bateau : rien ne sera possible pour eux si nous, entrepreneurs, ne parvenons à mieux valoriser nos prestations, et concrètement, à être payé au juste prix du fruit de leur travail pour pouvoir à notre tour mieux le reconnaître et mieux le rémunérer.

Enfin, les pouvoirs publics. D’une part, ils sont acheteurs, et nous souhaitons qu’ils donnent l’exemple. D’autre part, en tant que régulateurs, nous souhaitons qu’ils axent leurs contrôles sur les vrais dossiers, sur les dossiers lourds. Ceux qui fragilisent voire détruisent l’emploi. Si certains contrôles peuvent parfois apparaitre tatillons ou trop administratifs, d’autres mériteraient, pour nous, d’être approfondis, afin que chacun respecte toutes les règles du jeu. Je sais que le directeur du CNAPS travaille à ce meilleur ciblage des contrôles, et nous lui apporterons bien volontiers toute notre aide et notre expertise pour accroitre leur efficacité.

3 – Enfin, l’avenir, à plus long terme : les compétences.

Derrière les compétences, il y a la formation. Celle-ci a déjà beaucoup évolué dans ce qui a été réglementé.

Nous souhaitons donc qu’une nouvelle logique soit mise en œuvre : ce sont nos besoins, ceux de nos entreprises et ceux de nos clients, qui doivent déterminer des métiers, qui ensuite détermineront des formations initiales et continues, et qui ensuite détermineront des compétences, des conditions de mise en œuvre et des salaires, et qui enfin détermineront des grandes catégories de cartes professionnelles. Pas l’inverse. Nos clients n’achètent pas une carte professionnelle, mais une somme de compétences. Et ces compétences ne sont pas réductibles à une carte professionnelle.
Nous appelons donc à une remise à plat de nos métiers, de leurs classifications, des fiches-métiers : c’est le préalable obligatoire pour ensuite envisager une formation adéquate des formateurs, des formations à distance, des formations pour l’encadrement intermédiaire, des formations technologiques.

J’ai parlé de formations de l’encadrement intermédiaire et de formation aux technologies : ce sont nos deux vrais défis, car notre activité a besoin d’encadrement, c’est sa colonne vertébrale, c’est sa cohérence managériale, c’est aussi la garantie de la prise en compte de chaque salarié dans sa dimension individuelle au sein de nos entreprises. La technologie, quant à elle, doit être vue comme une opportunité, celle d’offrir de nouvelles perspectives, de nouveaux métiers, mais également d’enrichir nos offres. C’est en effet à ce prix que nous serons en mesure de proposer de nouvelles offres, globales ou polyvalentes, spécifiques et différenciées. La somme de ces compétences individuelles et nos expertises collectives doivent permettre de changer de paradigme. Nous sommes des professionnels de la sécurité, et devons vendre une prestation, combinaison d’analyse et de conception, de mise en œuvre de moyens humains et souvent techniques, nécessitant management et coordination, pas des heures de coefficient 130, 140 ou 150. Nos agents de sécurité, agents de maitrise et cadres sont plus que cela. Nos entreprises méritent mieux que cela. Nos clients doivent nous aider à le mettre en œuvre, dans leur intérêt.

Face à ces défis, face à ces esquisses de solution, nous devons continuer dans la voie de la modernisation, non par jeunisme mais par ambition : rendre nos métiers plus attractifs et offrir de vrais parcours, retrouver un modèle économique basé sur l’expertise métier, sur la valeur ajoutée, et relever les défis technologiques. J’en appelle solennellement aux pouvoir publics pour nous aider, au travers, enfin, de la création du fonds de modernisation et de l’utilisation d’une partie des excédents conséquents de la taxe dite CNAPS, afin de soutenir toutes les actions de modernisation de notre secteur.

Je salue, dans cette optique, l’initiative du Délégué aux coopérations de sécurité et du Médiateur Inter-entreprises, Pierre PELOUZET : elle vise faire émerger un nouveau rapport entre nos entreprises et nos donneurs d’ordres sur tous les sujets dimensionnant nos prestations et leur valorisation : missions, métiers, compétences, structuration, prix, formation, information. Tout cela me semble être d’un niveau de dialogue et d’action plus orienté sur notre activité économique quotidienne et future, et c’est ce qu’il faut. Je tiens également à remercier l’investissement de Stéphane VOLANT, nouveau Président du CDSE, dans cette médiation. Je retiens d’ailleurs le principe, qu’il a émis, d’une meilleure visibilité de nos agents sur le terrain : nous devrons réfléchir, tous ensemble, à l’idée d’un signe distinctif unique et déclinable.

Responsabilisation, structuration, valorisation : voici les trois mots qui me semblent mieux correspondre au souhait partagé par nous, chefs d’entreprises, en faveur d’une reprise en main de l’avenir du secteur de la sécurité privée par ses propres acteurs. C’est par ce souhait d’émancipation de notre secteur que je conclurai, en vous renouvelant très chaleureusement mes vœux de bonheur et de réussite personnelle comme professionnelle.

Je vous souhaite ainsi une très bonne soirée et des échanges nourris.

Pascal PECH, Président du SNES, 29 Janvier 2018

 

Télécharger le discours de Pascal Pech, Président du SNES – Voeux du SNES – Janvier 2018